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elevage cane corso des deesses du nord


CANE CORSO : POUR EN ARRIVER LÀ ...

(Article du « Molosse News N°43 » par M. Williams Guitton)

Le 22 mai 1996 à Arese (Italie), devant un parterre de juges et de hauts respon­sables de la FCI et notam­ment son Président, le Dr Hans Müller, la SACC et l'ENCI présentaient qua­torze exemplaires de cane corso afin d'avoir la recon­naissance de la race au niveau international.

Le 12 novembre 1996, la FCI reconnaissait le cane corso. Ces quatorze chiens étaient : Quaron, Anita et Drupa, de l'élevage Del Dyrium à Vito Indiveri ; Griso et Alterego, de l'éle­vage Del Murgese à M. Di Leo ; Ribaldo (Logan) de la Casa Paoletti à Claudio Marzorati ; Simon, de C. Toselli à Simona tanzarella ; Argo dell’Antico Cerberus à A. Bertin ; Sara, Silver, Karl, Circe et Dago de l’élevage dell’Antico Cerberus ; et enfin Boris, de l’elevage Degli Olmi à Luigi Corini et appartenant à M. Carosio. 

Cette présentation faisait suite à un long travail de récupération entamé dans les années 70 d'après l'observation dans les années 50 dans les Pouilles par le Pr. Giovani Bonatti " ...d'un chien molos­soïde à poils courts dif­férent du mâtin de Naples, semblable au bullmastiff, ressemblant au chien de Maillorque... » D'après cette observa­tion et à l’initiative du Pr Antonio Morsiani et du Pr Francesco Ballotta, qui lui-même en avait vu en 1972, le travail de récupé­ration de la race com­mença et à travers lui, un travail de protection du patrimoine italien. Vinrent se joindre très rapidement d'autres personnes intéres­sées par ce projet, dont le Dr Paolo Breber qui fit les premières portées au milieu des années 70, Ste­fano Gandolfi, jeune'étu­diant de seize ans et pas­sionné, les frères Malavasi, éleveurs de bergers alle­mands qui fournissèrent les installations au sein de leur élevage, Giantonio Sereni et le Pro Fernando Casolino. Entre fin 1979 et janvier 1980, trois sujets sont transférés à Mantoue: Tipsi, Brina et Dauno qui donneront vie en une seule année à dix-huit chiots dont Basir, Bulan, Babak et Aliot, véritables piliers du programme de récupéra­tion de la race, sous la direction du Dr Giovanni Bonatti et du Dr Giovanni Ventura, vétérinaire, juge ENCI et éleveur.

Premiers relevés cynométriques

Au tout début des années 80, il fut décidé de confier à des passionnés certains chiots nés d'accouple­ments programmés et les recherches de nouveaux lignages sanguins dans le sud de l'Italie s'intensifiè­rent. Dans le même temps, lors d'une rencontre de pas­sionnés et en présence de douze chiens, le Dr G. Ventura fit les pre­miers relevés cynométriques qui mirent en évidence, dans la quasi-totalité des sujets étudiés, un léger pro­gnathisme, des axes cranio­ faciaux légèrement conver­gents, des yeux en position subfrontale, une absence de surplus de peau et de bave­ment, un poids moyen de 47 kg pour les mâles et de 38 kg pour les femelles pour une hauteur de 68 cm pour les mâles et de 64 cm pour les femelles, et des robes noir tigré, fauve clair et grises. Le même jour (le 16 octobre 1983), les personnes présentes à cette rencontre décidèrent de se réunir en association et créèrent le club de race appelé SACC (Societa ama­tori cane corso), la Société des amateurs de cane corso, dans le but d'aug­menter et de valoriser la race, de potentialiser la sélection et l'élevage et d'en obtenir la reconnaissance. Le règlement rigide qui fut approuvé prévoyait un contrôle méticuleux de la part du conseil de direction et du comité technique sur chaque accouplement et sur les attributions effectuées. Les sujets étaient distribués gratuitement avec l'engage­ment d'en suivre la crois­sance, de les entretenir, de mettre les mâles à disposi­tion et de signaler les cha­leurs des femelles, de les assister lors des mises bas et de prendre soin des chiots qui étaient nés. Il fut établi qu'en s'inscrivant à la SACC et en payant une contribution de seulement cent mille lires, les passion­nés pourraient obtenir en garde un exemplaire de cane corso à l'âge de trois mois, vacciné, avec les oreilles et la queue coupées. Il faut.souligné qu'aucun de ces acteurs n'a été amené à faire du profit avec ces chiens au cours de cette phase de développement. Parmi ceux-ci, les associés et les fondateurs: Michele Angiolillo, Nardino Anselmi, Donatella Baldassari, Gio­vanni Bonatti, Corrado Montavalli, Stefano Gan­dolfi, Giancarlo Malavasi, _uciano Malavasi, Giovanni Mauro, Giancarlo Monfar­dini, Seggio Nardi, Vittori Suffritti, Gianantonio Sereni, Alberto Tellini et Giovanni Ventura. ­

Au milieu des années 80, il fut nécessaire de pouvoir comparer la typicité des sujets issus de ce travail avec les chiens rustiques existant dans le sud. Le sud étant encore très rural, le cane, chien d'utilité, avait su garder y sa place à la différence du nord de l'Italie beaucoup plus industrialisé. Il existait de sensibles diffé­rences entres les sujets sui­vant la famille à qui ils appartenaient et l'utilisation que l'on en faisait: chasse, garde, bouvier... La pre­mière difficulté qui est apparue était de trouver des sujets purs et non croi­sés avec d'autres races (pastore maremmano abruzzese par exemple).

Sauvegarder le patrimoine ...

L’idée des paysans/éle­veurs n'étaient pas de croi­ser les chiens avec tout ce qui bougeait, mais de « calibrer» le chien à leurs besoins. Ceux qui les utili­saient au contact des vaches avaient besoin de chiens prognathes; ceux qui s'adonnaient à la chasse, et selon le terrain, de chiens plus grands, ou plus rapides, ou plus com­batifs ; les camelots les uti­lisaient pour garder leur charrette, Les croisements avec d'autres races étaient plus localisés dans les lieux où les combats de chiens existaient et comme par­tout, l'objectif était d'avoir un chien le plus fort pos­sible.

Dans de rares cas, on peut observer dans des nichées des éléments récessifs d'autres races. Mais soyons clair, l'objectif premier de la SACC et des pionniers de la reconnaissance de la race était de travailler avec des chiens ffi «purs» afin de sauvegarder le patrimoine italien représenté par ce chien. Avec la nécessité de com­parer les différents sujets en vue de l'élaboration d'un standard, il y avait égale­ment parallèlement la nécessité de rassembler le plus d'informations possible pour prouver la dimension historique et le rôle joué par le cane corso dans le sud de l'Italie. Ce qui fut fait grâce à différents voyages dans les cam­pagnes du sud de Stefano Gandolfi, Flavio Bruno et Fernando Casolino (originaire du sud et qui parlait les patois locaux), ...et surtout grâce aux per­sonnes présentes dans ces régions qui prenaient des photos, indiquaient où se trouvaient bon nombre de sujets ou qui sensibilisaient les paysans au travail de récupération en leur demandant de faire naître des chiots et d'être pré­sents lors de rassemble­ments organisés par la SACC où le Pr Morsiani ) pouvait continuer son tra­vail de mesures. Ce travail fut en grande partie réalisé par Giovanni Tumminelli pour la Sicile et Vito Indiveri dans tout le sud.

Giovanni Tumminelli, connu pour ses recherches sur les races insulaires siciliennes et italiennes, apporta beau­coup de preuves concrètes aidant à la reconnaissance du cane corso comme race à part entière et différente des autres chiens italiens, notamment le mâtin napoli­tain. Il fournit toute la docu­mentation historique et ico­nographique de l'utilisation du cane corso ainsi que bon nombre de photos.

Si Avec Vito Indiveri, il orga­nisa les deux premières régionales SACC des délé­gations siciliennes et des Pouilles dont ils étaient les délégués régionaux.

Vito Indiveri fait partie de ces gens responsables de la récupération de la race à qui l'on doit réserver une place d'honneur.

Il est très connu des aficionados, mais moins du grand public alors qu]outre son travail de renseignement dû à sa profes­sion de représentant de commerce, les chiens de son affixe Dei Dyrium restent plus que jamais des exemples et sont admirés de tous. Vito Indiveri descend d'une famille où le cane corso était un auxiliaire de travail. En effet, ils étaient charre­tiers et commerçants déchevaux. Mais avec la modernisation des méthodes de travail dans le monde rural, ces métiers tendaient soit à évoluer ou à disparaître. Et avec cette disparition, celle du cane corso était aussi programmée. C’est avec le souvenir des chiens de son enfance qu'il entra en contact avec le Pro Morsiani pour lui par­ler de cette race,qu'il avait redécouverte à la toute fin des années 70. Le Pr Mor­siani lui indiqua que dans le nord de l'Italie, un groupe de passionnés s'affairait à la récupération et à la reconnaissance de cette race et qu'un travail avait commencé. Vito prit contact avec eux sans perdre de temps. Il fut chargé de recenser les dif­férents sujets en les photo­graphiant, de relever les adresses où les chiens se trouvaient, de répertorier ceux-ci par groupement de sang suivant les familles auxquelles ils appartenaient, d'organiser des meetings de sujets rustiques, bref de dynamiser et susciter l'en­thousiasme des proprié­taires pour qui la cynophilie ne voulait rien dire. De là a découlé son envie d'en faire plus et il commença ce qu'il appelle encore son petit élevage amateur avec tou­jours cette volonté de faire connaître la race au plus grand nombre. À la cessa­tion de son activité d'éle­veur à la fin des années 90, le « partage » de ses chiens a permis, à différents éle­vages de continuer à occu­per les premiers rangs, comme l'élevage Della Porta Di Pinta à Marianno Di Chicco, de la Valle Dei lord à Luigi Di Rienzo, Degli Elmi à Patrizia Colosimo pour ne citer qu'eux car ils ont repris directement les chiens avec lesquels Vito Indiveri travaillait.

Je regrette que l'on ne se penche pas plus sur cette dimension historique récente qui suffit très largement à informer le nouvel éleveur ou les clubs de races hors Italie (ayant commencé après 1996) sur le travail effectué. Une meilleure connaissance de son passé permet de mieux appréhender son futur. La race n'étant pas née en 1996 comme semblent le penser beaucoup de personnes.

Un marché juteux

omme on peut le constater, la reconnaissance fut malgré tout assez rapide bien que pénible et compliquée et presque trop tardive. Jusqu'à la fin des années 80, aucune notion de commerce et d'ar­gent n'a dominé Ia motivation de ces pionniers. Preuve en est, qu'à part l'élevage Dell' Antico Cerberus qui légitime­ment a continué, aucun de ces acteurs n'a eu d'activités commerciales avec cette race. À la fin des années 80, l'engouement se généralisa et des éleveurs improvisés ou non, en tout cas en dehors du programme de la SACC, commercialisèrent des chiens, notamment vers les USA où l'hétérogénéité est flagrante et où les chiens finissent même par ne plus ressembler du tout à des cane corso.

Le monde étant un « mar­ché » potentiellement plus « juteux» que l'Italie seule, certaines anciennes figures de la SACC allèrent jus­qu'à rédiger un nouveau standard, voulant discré­diter le travail accompli pour servir au mieux leurs intérêts. À la question de l'hétérogénéité de la race, je répondrai que nul être n'est parfait mais que dans un premier temps, deux choses ont contribué à cet état de fait : l'explosion commerciale de la race qui n'avait pas de « stock » suffisamment grand pour fournir en bons chiens, ce qui donna presque une situation où tout chien devint un reproducteur en puis­sance ; et l'impossibilité de contrôler la traçabilité des souches hors du programme de la SACC. En s'informant, il est assez facile d'éviter quelques erreurs de choix. Cela étant, le cane corso est une race européenne fantastique, généreuse et encore fonctionnelle, offrant une très grande sécurité et beaucoup de plaisir à ses futurs acquéreurs.

L'es­sayer, c'est l'adopter !



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